On vient de publier un de mes textes sur un blogue littéraire très intéressant, “Les Impromptus Littéraires / Coitus impromptus V.3.0“, où différents auteurs écrivent sur un thème à chaque semaine. Le thème de cette semaine était le début de phrase par lequel débute le texte, le voilà, reproduit ici aussi :
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que je suis né, hagard, au centre du monde. Mon allergie aux énergies fades et aux ressassements continuels ne paraissait pas trop : je souris toujours sur mes photos de bébé.
Beaucoup de larmes ont coulé sous l’insouciance de ma jeunesse myope, brûlée vive par l’apprentissage de la conformité, mais ne sachant pas encore que mon fétichisme futur pour le crayon et les mots sur les pages me vaudraient tant de railleries sourdes dans cette contrée de muscles, de bouts de bois et de glace. Soit! il existe des moustiques plus énervants que d’autres…
Beaucoup de sens a germé sous le jour, dans la chaleur suffocante de cette pièce d’une blancheur délavée, ma vie changeant au rythme de la plume de Réjean Ducharme, avec son Hiver de force, pour ne nommer que ce monument-là. Loin du purisme, il y avait aussi des bandes dessinées en masse, le dos des boîtes de céréales et, en dernier recours, la bouteille de shampoing pour calmer ma soif de mots.
Beaucoup de sang a coulé dans mes veines. Et elles en sont maintenant lisses. Lisses et fidèles à mes soubresauts, aux lenteurs des repos comme aux vitesses de l’urgence. Il y en a qui les coupent pour détourner le regard à jamais, moi je les masse plutôt comme je caresserais un chien debout et accaparant, aux grandes oreilles pendantes.
Beaucoup d’Ô ont parsemés mes premiers poèmes, moi qui rêvait d’une cave humide et d’un poêle à bois dans la noirceur épicée des chandelles. Ces Ô me consolent encore malgré moi, comme des fantômes. Ils vont et viennent comme bon leur semble.
Beaucoup de choses me sont arrivées, mais les plus importantes sont celles qui s’en viennent : mes doigts qui me piquent d’appuyer sur les bonnes touches, cette phrase qui n’en finit plus de vouloir finir, me creuser la tête sans que ça saigne.
Beaucoup de possibilités se côtoient à l’arrivée. Enjamber les ponts qu’il y a entre les mots. Se baigner à en jouir entre les lignes. S’imprégner de l’effet domino. Penser à autre chose tout en sachant que la mémoire existe. Malgré tout, croire en l’immuabilité du mouvement de l’eau sous les ponts.




je sais que je me répète mais quand je te lis, je perçois un très grand talent, content qu’ils t’aient publié!
Merci Frank!
Je suis content que tu apprécies!
C’est magnifique, Renart… et je reconnais que tu as l’étoffe d’un grand lecteur… compulsif ! Quand on se saoûle de boîtes de céréales et de bouteilles de shampooing, c’est que les mots nous sont vitaux… (ça prend une mot-compulsive pour en reconnaître un autre, dit-on !) ;o)
Très jolie plume Renart (sans vouloir te vexer, très joli poil ne se dit pas). J’aime beaucoup ce style acéré des mots qui ne fondent pas sous la langue et qui distillent un goût proche de l’amertume. En espérant que ta route vers la publication reste droite.
Je suis content pour toi, suite à la lettre de l’anonyme et le refus, oui beaucoup d’eau a passé sous les ponts
Lâches-pas, tu es très bon!
Merci à tous pour votre encouragement!
C’est superbe! Ton talent émane de tes mots comme la beauté d’un ciel bleu d’été!
P’tit rien,
ah! c’est trop! Comparer mon écriture à la chose la plus simple et la plus belle au monde, en fait la plus essentielle, est de l’exagération pure et simple! Je te prierais de ne jamais recommencer…
Hé hé!